C’est en 1989 que commence l’histoire de HTML, au cœur du CERN en Suisse, un physicien britannique nommé Tim Berners-Lee se retrouve face à un problème que beaucoup connaissent. Comment partager efficacement des documents complexes entre collègues dispersés aux quatre coins du monde ?.
Sa solution va changer l’histoire de l’humanité. Il invente HTML (HyperText Markup Language), un langage simple qui permet de structurer des documents et de créer des liens cliquables entre eux. Inspiré du Standard Generalized Markup Language (SGML), un standard industriel qu’il trouvait trop complexe mais qu’il choisit pour des raisons « diplomatiques », Tim pose les bases du World Wide Web avec trois inventions fondamentales : HTML pour la structure, HTTP pour le transport des données, et les URL pour adresser les ressources.
Table des matières
Timeline : Les grandes étapes de l’évolution HTML
| Année | Version/Événement | Innovation majeure | Impact |
|---|---|---|---|
| 1990-91 | HTML prototype | 18 balises de base (titres, liens, paragraphes) | Naissance du web au CERN |
| 1993 | Mosaic intègre <IMG> | Images et formulaires dans les pages | Explosion du web grand public |
| 1995 | HTML 2.0 (RFC 1866) | Premier standard officiel | Début de normalisation |
| 1997 | HTML 3.2 | Tables standardisées | Mise en page évoluée |
| 1999 | HTML 4.01 | Séparation contenu/présentation via CSS | Accessibilité renforcée |
| 2000 | XHTML 1.0 | Reformulation en XML | Syntaxe plus rigoureuse |
| 2004 | Création WHATWG | Révolte des navigateurs | Fin de XHTML 2.0 |
| 2011-2014 | HTML5 | Vidéo/audio natifs, APIs, <template> | Web applicatif |
| 2018 | Custom Elements v1 | Web Components standardisés | Composants réutilisables |
| 2019-2025 | HTML Living Standard | Évolution continue | Standard vivant |
Les balbutiements : naissance au CERN (1989-1995)
La première version de HTML, bien qu’elle n’ait jamais porté officiellement le nom « HTML 1.0 », comportait environ 18 éléments essentiels. Tim Berners-Lee a créé des balises inspirées de SGML pour structurer sémantiquement les documents scientifiques : <TITLE> pour le titre du document, <H1> à <H6> pour les sous-titres hiérarchisés, <P> pour les paragraphes, et surtout <A> pour créer les hyperliens qui allaient révolutionner la navigation entre documents. En août 1991, il annonce publiquement le World Wide Web sur Usenet et lance le premier serveur web à l’adresse info.cern.ch, qui existe encore aujourd’hui.
L’année 1993 marque un tournant décisif avec l’apparition du navigateur NCSA Mosaic. Ce navigateur introduit deux innovations majeures qui vont transformer le web : l’élément <IMG> permettant d’intégrer des images (d’abord uniquement aux formats GIF et XBM), et les formulaires qui rendent le web interactif en permettant aux visiteurs de saisir et d’envoyer des données. Cette dernière invention ouvre la voie au commerce électronique et aux applications web. Le web passe alors d’un simple système de documentation scientifique à un média grand public avec un potentiel commercial immense.
La guerre des navigateurs et la normalisation (1995-2000)
Avec l’arrivée de Netscape Navigator en 1994, puis d’Internet Explorer, une véritable guerre des navigateurs éclate. Chaque éditeur ajoute ses propres balises propriétaires pour se démarquer : <BLINK> chez Netscape pour faire clignoter le texte, <MARQUEE> chez Microsoft pour créer des défilements, et une multitude d’éléments de présentation comme <FONT> pour contrôler les polices et couleurs. Cette période créative mais chaotique mène à ce qu’on appelle la « soupe de balises » (tag soup) : des pages web mal structurées, des balises non fermées, et une compatibilité catastrophique entre navigateurs.
Face à ce chaos, le World Wide Web Consortium (W3C), fondé en 1994, tente de ramener l’ordre. En 1995, le RFC 1866 décrit HTML 2.0, le premier standard officiel qui documente les pratiques existantes avant l’arrivée des extensions propriétaires de Netscape. Suivent rapidement HTML 3.2 en 1997, qui standardise les tables et certains éléments de présentation devenus incontournables, puis HTML 4.0 en 1997 (révisé en HTML 4.01 en 1999). Cette dernière version introduit un concept révolutionnaire : la séparation stricte entre structure (HTML) et présentation (CSS), ainsi que des améliorations majeures pour l’accessibilité. HTML 4.01 propose trois variantes : strict (sans éléments de présentation), transitional (incluant les anciens éléments), et frameset (pour les cadres).
L’ère XHTML et la grande rébellion (2000-2011)
En 1998, l’émergence de XML (Extensible Markup Language) suscite un fort engouement chez les professionnels. Le W3C décide d’abandonner le développement de HTML en tant qu’application SGML pour le reformuler en XML. En 2000, XHTML 1.0 est publié : il s’agit d’une simple reformulation de HTML 4 avec une syntaxe XML rigoureuse. Les balises doivent être écrites en minuscules, toutes les balises doivent être fermées, et les attributs doivent être entre guillemets. Cette rigueur syntaxique plaît aux développeurs soucieux de qualité, mais se heurte à la réalité des navigateurs web.
Le projet XHTML 2.0, lancé en 2005, pousse encore plus loin la logique de rupture avec les pratiques existantes. Trop radicaux, ces changements provoquent une révolte chez les fabricants de navigateurs. En 2004, Apple, Mozilla et Opera fondent le Web Hypertext Application Technology Working Group (WHATWG) avec pour objectif de développer HTML de manière pragmatique, en privilégiant la compatibilité avec le contenu existant et les besoins réels des développeurs. En 2009, le W3C abandonne officiellement XHTML 2.0 et rejoint le WHATWG pour travailler sur ce qui deviendra HTML5.

HTML5 et l’ère des applications web (2008-2025)
HTML5 représente une évolution majeure qui transforme HTML d’un simple langage de balisage en une véritable plateforme applicative. Publié comme recommandation W3C en 2014, HTML5 introduit des éléments multimédia natifs (<video>, <audio>) qui éliminent le besoin de plugins comme Flash, l’élément <canvas> pour le dessin et les jeux, et de nombreuses balises sémantiques (<header>, <main>, <article>, <section>, <nav>, <footer>) qui améliorent à la fois l’accessibilité et le référencement.
Mais HTML5 va bien au-delà du simple ajout de balises. Il introduit également les bases des Web Components avec les éléments <template> et <slot>, qui permettent de créer du contenu réutilisable. Ces éléments HTML natifs servent de fondation à un écosystème entièrement nouveau : les Web Components, standardisés avec l’API Custom Elements v1 en 2018. Les Web Components permettent aux développeurs de créer leurs propres balises HTML personnalisées qui fonctionnent exactement comme les balises natives. Un composant comme <mon-cv-card> peut encapsuler sa propre structure, son style (grâce au Shadow DOM) et son comportement, tout en restant réutilisable et interopérable avec n’importe quel framework.
Depuis 2019, le développement de HTML suit un nouveau modèle avec le HTML Living Standard du WHATWG. Contrairement aux versions numérotées, ce standard « vivant » évolue continuellement pour s’adapter aux besoins des navigateurs et des développeurs. Le W3C et le WHATWG ont signé un accord de collaboration, mettant fin à leurs spécifications parallèles. Les évolutions récentes incluent le Declarative Shadow DOM (2023) qui permet de créer des Web Components en HTML pur sans JavaScript, et l’intégration de technologies avancées comme WebGPU pour le rendu 3D et l’intelligence artificielle native dans le navigateur.
Comparaison des versions : l’évolution en un coup d’œil
| Caractéristique | HTML 4.01 (1999) | XHTML (2000) | HTML5 (2014) | Living Standard (2025) |
|---|---|---|---|---|
| Syntaxe | Tolérante, flexible | XML strict | Flexible, parsers robustes | Évolutif sans rupture |
| Multimédia | Plugins externes | Plugins externes | <video>, <audio> natifs | + WebGPU 3D/IA |
| Structure | <div> générique | <div> générique | Balises sémantiques | + Web Components |
| Encapsulation | CSS global | CSS global | Shadow DOM API | Shadow DOM déclaratif |
| Graphiques | Images statiques | Images + SVG externe | <canvas>, SVG inline | WebGPU avancé |
| Stockage | Cookies uniquement | Cookies uniquement | LocalStorage, IndexedDB | + FileSystem API |
| Mobile | Desktop uniquement | Desktop uniquement | Responsive design | PWA natives |
Pour débuter aujourd’hui : exemple pratique
Si vous débutez en HTML en 2025, concentrez-vous sur HTML5 moderne et les Web Components. Voici un exemple concret de page CV utilisant les standards actuels :
xml<!DOCTYPE html>
<html lang="fr">
<head>
<meta charset="UTF-8">
<title>Mon CV - Lucas Développeur</title>
</head>
<body>
<main>
<header>
<h1>Lucas - Développeur Web Junior</h1>
<img src="photo.jpg" alt="Photo de Lucas">
</header>
<section>
<h2>Compétences</h2>
<p>Je maîtrise HTML depuis ses origines au CERN jusqu'aux Web Components modernes.</p>
</section>
</main>
</body>
</html>
Cette structure utilise les balises sémantiques HTML5 (<main>, <header>, <section>) qui aident les moteurs de recherche et les technologies d’assistance à comprendre la structure de votre contenu. C’est cette approche que vous devez privilégier pour créer des sites professionnels aujourd’hui.
HTML a parcouru un chemin impressionnant depuis ses 18 balises originales en 1991 jusqu'aux plus de 110 éléments et dizaines d'APIs du Living Standard actuel. Sa force réside dans sa capacité à évoluer tout en restant rétrocompatible : une page HTML écrite en 1995 s'affiche toujours aujourd'hui. C'est cette stabilité pragmatique qui fait de HTML le fondement inébranlable du web moderne.
Sources: